Après-Tinder

A l’heure d’une normalisation des comportements antipathiques liés aux applications de rencontres, les dating apps perdent en influence au profit des anti-dating apps qui priorisent avant-tout l’indépendance et les attentions personnelles de l’utilisateur.

Par Soège Lecocq Publié le 03 mars 2020 Partager

Marquée par la multiplication massive des applications de rencontres et par la démocratisation du « balayage », la décennie 2010 restera à jamais gravée dans l’histoire de la romance. Et si nous parlions en 2019 d’une vision plus lente et cohérente de la rencontre virtuelle face à l’injonction du zapping et du ghosting, il se pourrait que la décennie 2020 soit celle du rejet de ces plateformes. 

Alors que les sites et applications de rencontres compteront en 2020, 239.9 millions d’utilisateurs et représenteront 2,1 milliards de dollars dans le monde dont 973 millions générés aux Etats-Unis – faisant des américains les premiers consommateurs de ces plateformes – les prévisions de croissance du marché ne seraient pas si solides que ça. Selon le cabinet d’analyse eMarketer, les plateformes en ligne de rencontres comme Tinder, Hinge, Match et OKCupid ont vu leur base d’utilisateurs collective augmenter en 2018 de 6,5%, contre une augmentation de 5,3% en 2019 aux Etats-Unis. Et dans la perspective de 2022, eMarketer prévoit que le taux baissera à 2,2%. La raison ? En plus de la diversification de l’offre, un faible taux de nouveaux utilisateurs. 

« L’apocalypse des rencontres » 

Face au ghosting, cloaking, simmering – comportements consistant à ignorer
et disparaitre du champ de vision de son partenaire du jour au lendemain – et autres pratiques douteuses liées aux applications de rencontres, les utilisateurs commencent à se lasser de l’univers relationnel virtuel et commercial. Blâmant Tinder, Happn et autres plateformes encourageant l’infinite swipe et la démocratisation du suparmarché amoureux d’avoir engendré l’ « apocalypse des rencontres », ils regrettent que la rencontre traditionnelle se perde au profit d’une rencontre déshumanisée. 

Julie Spira, experte en rencontres en ligne et auteure de « Love in the Age of Trump: How Politics is Polarizing Relationships », explique que ces pratiques sont loin d’être rares aujourd’hui. Face à l’abondance d’opportunités de rencontrer des partenaires en ligne et aux options infinies, ignorer est devenu le « sous- produit naturel » des applications de dating. Multipliant les possibilités de chater et donc de plaire, les rencontres virtuelles rendent les personnes « jetables » en deux clics. 

Réagissant sur le ton de l’humour à ce changement culturel et social, le média de divertissement Mashable propose d’instaurer un Ghost Exorcism Day – Journée de l’Exorcisme du Fantôme – afin de sensibiliser les utilisateurs sur les comportements antipathiques liés à l’ère du digital et d’aider les personnes ayant été victimes de ghosting à passer à autre chose. 

« Les applications de dating sont mortes, vive les applications anti-dating » 

Si l’on ajoute au zapping et au ghosting le poids des réseaux sociaux et plateformes de comptes partagés comme Netflix qui rendent la séparation et l’oubli encore plus difficiles, les possibilités d’être victime d’un chagrin amoureux deviennent infinies. Selon une étude menée aux Etats-Unis sur les relations qu’entretiennent les ex-partenaires sur les réseaux sociaux, plus de 25% des Américains continuent de se connecter aux comptes d’un ex après une rupture, et parmi eux, 87% ont déclaré se sentir déprimés après l’avoir fait. 

Pour y remédier, des applications proposent de soigner le mal par le mal en ayant recours à un coach personnel virtuel aidant l’utilisateurs à se remettre d’un chagrin causé par l’ère numérique. 

À commencer Breakup Boss la plateforme lancée en 2017 qui tente de réduire la tentation des réseaux sociaux. Afin de décourager l’utilisateur de recontacter un ex, l’application propose des illustrations et citations expliquant pourquoi reprendre contact serait une erreur pour le processus de guérison. Avec une approche ultra-féministe et pro-célibat, la plateforme se lance dans un « débat » consistant à démontrer qu’il y a plus d’avantages à être célibataire qu’à être en couple. Et en cas d’urgence émotionnelle, l’application lui permet d’écrire une « fausse lettre à son ex » afin d’extérioriser ses sentiments. 

Même principe pour l’application No Contact Rule qui cherche à distraire l’utilisateur via des verbatims incitant au raisonnable et lui rappelant pourquoi il est célibataire. 

Puis il y a Mend. Faisant partie des meilleures applications de l’Apple Store en 2018, l’application repose sur le même concept mais se concentre plus spécifiquement sur l’impact émotionnel de l’utilisateur en l’encourageant à prioriser ses attentions personnelles, jugées cruciales par Elle Huerta, sa fondatrice. Après avoir répondu à une série de questions concernant la rupture amoureuse et les attentes de l’utilisateur, le coach personnel de Mend – un chat-bot – propose de courts podcasts quotidiens sur le bien-être et expose une approche holistique du chagrin et de la rupture. Le but final de l’application étant d’aider les utilisateurs à développer des habitudes saines tout en leur apprenant à gérer leurs émotions. 

Breakup Vault, Revent, Onward Breakup Concierge… La liste des applications anti-dating est encore longue. Souvent payantes et en pleine expansion, elles démontrent qu’un nouveau marché virtuel donnant à voir une vision différente des rencontres et du statut marital est en train de faire surface. 

Tags: #Tinder #ghosting #Célibat #nodatingapps #mend #happn #breakupboss #couple

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