Le genre

La société mute. Les changements, rapides..

Par eléonore terzian Publié le 26 mai 2015 Partager

La société mute. Les changements, rapides, constants, amènent à se poser des questions toujours plus poussées, plus impliquantes et complexes. Dans des pays industrialisés où les besoins physiologiques et de sécurité sont plus ou moins comblés, les questions d’appartenance, de la place de chacun par rapport au groupe, se posent dans des dimensions macro. Favorisés par une soif d’épanouissement et de libre expression des différences aussi insatiable qu’elle est capitale, ces questionnements prennent de l’ampleur. Quel rôle pour l’homme ? Pour la femme ? Et, au-delà, quelle relation entre l’individu et le sexe avec lequel il est né ? Autant d’interrogations fondamentales qui redistribuent les rôles de chacun.

La féminisation de la société

Tout d’abord, les femmes, qui depuis plus de 70 ans vivent une émancipation qui alterne entre phase d’accélération et de stagnation. Un développement porté par des avancées sociétales, politiques, professionnelles et personnelles qui ont bouleversé la place de la femme dans la société, à tous ces sphères.

Longtemps incarné dans son extrême par une hyper revendication – parfois au détriment de l’homme – le féminisme a durant de longues années pâtît d’une image négative dans laquelle peu de femmes se reconnaissaient. Il trouve aujourd’hui une nouvelle voix, notamment incarnée par une nouvelle génération – mais pas uniquement. Des femmes qui ont fait des études, qui travaillent et ont des enfants et des amis, qui cumulent les vies et qui n’ont pas envie d’en sacrifier une au profit de l’autre. Mais aussi des femmes qui se frottent encore au plafond de verre des salaires (environ 15% moins bien payée dans l’OCDE – source), à des machismes du quotidien (Projet : Everyday Sexism), à une répartition des rôles pas toujours égalitaire qui sont autant les symboles du maintien des différences.

Un combat féministe qui continue donc mais sous d’autres formes. Des groupes assez violents dans leur démarche comme les FEMEN et des initiatives misandriques demeurent (cf.’Ironic Misandry’) mais une autre version se développe, construite avec les hommes, pour mieux vivre à leurs côtés. Ni au-dessus, ni en-dessous. Un message incarné par des initiatives politiques prônant la parité, notamment aidée par les hommes, comme le mouvement ‘HeForShe’, qui invite ces derniers à s’engager. Une nouvelle voix également représentée par la multitude de groupes et bandes de filles qui comptent bien se faire entendre (dans leur métier, la culture et tous les autres secteurs), sans dénaturer ce qu’elles sont, sans surjouer ni la masculinité, ni la féminité.

Le nouveau rôle de l’homme

En miroir de ce nouveau rôle de la femme, c’est aussi celui de l’homme qui se redéfinit. Bousculé dans des fondamentaux en place depuis la nuit des temps, il construit, parfois avec difficulté, une nouvelle place au sein de la famille et de la société. Et si, d’un côté, un mouvement conservateur tente de revenir au ‘temps d’avant’, que d’autres s’opposent au féminisme via des mouvements comme le #menimism, ce n’est pas la majorité. Beaucoup se retrouvent dans un nouveau visage du masculin, moins dans l’autorité, plus en sensibilité. Celui aussi d’un père de famille qui entend se positionner, et plus dans l’ombre de la mère. Une posture plus acceptée dans les pays du nord de l’Europe mais qui infuse de manière plus large de nombreux états.

Vers plus de droits pour les homosexuels

Face à ces identités en construction, les débats menés à l’international pour les droits  des homosexuels sont un combat fondamental mené pour la tolérance envers les libertés individuelles. Dans de nombreuses zones du monde, il s’agit seulement du droit d’exister sans être condamné pour ses préférences sexuelles. Fort heureusement, dans des pays de plus en plus nombreux, les discussions menées depuis plusieurs années pour la reconnaissance du mariage homosexuel, les débats sur l’adoption et la procréation médicalement assistée témoignent, si ce n’est toujours d’une acceptation, du moins d’une volonté de plus d’égalité. Au-delà de la politique, des initiatives venant d’institutions religieuses, par essence conservatrices, montrent également plus d’ouverture de la part des communautés religieuses, à l’instar de l’Eglise Protestante unie de France qui autorise désormais la bénédiction des couples homosexuels. Autant de pas de franchis dans la démocratisation et l’institutionnalisation d’autres représentations du couple, et par extension, d’une plus libre définition des rôles.

La place des transgenres

Dans ce nouvel échiquier en construction, se pose aussi la question de ceux dont « le genre – l’identité psychique et sociale reliée aux concepts d’homme et de femme ou d’identité sexuelle complète – entre en conflit avec leur sexe biologique » – pour reprendre la définition que Wikipédia propose du transgenrisme. Des initiatives éparses témoignent d’une prise en compte de la société de la complexité et des souffrances que peuvent provoquer une non-reconnaissance de leur identité pour les personnes transgenres : le Royaume-Uni autorise l’utilisation officielle du « MX » – prononcé Mix ou Mux – comme titre alternatif au Mr et Mrs ; Facebook propose 58 options de genre pour se définir ; Ashton Carter, le secrétaire de la défense américain a déclaré : « Rien, à part leur aptitude, ne doit empêcher [les transsexuels de faire carrière dans l’armée] » (Source) ; L’Australie et le Népal autorisent le statut transgenre sur les passeports ; L’école pour filles américaine Barnard intègre une étudiante transgenre ; Une transgenre indienne est élue maire ; Les athlètes transgenre peuvent participer à des compétitions olympiques depuis 2004 ; Certaines prisons américaines commencent à autoriser la prise du traitement hormonal en prison (Source)… D’un bout à l’autre du monde, les signes se multiplient, et vont de pair avec une meilleure représentation de personnalités transgenre dans les médias et l’entertainment qui tendent à plus d’acceptations des différences. Même si, encore aujourd’hui, la construction de leur place au quotidien dans la société se fait souvent dans la douleur et un combat face aux préjugés.

Génération Alpha, génération sans genre ?

Alors que pendant les années 2010 tant d’initiatives témoignent des bouleversements en cours dans la question du genre et de la place des individus, il semble que l’égalité soit encore loin d’être acquise, que ce soit dans les esprits ou dans le législatif. Jusqu’à quand ?

La véritable liberté de choix sera-t-elle incarnée par la Génération qui nait aujourd’hui (baptisée par certains Génération Alpha) ? Une génération qui aura grandi avec des parents homosexuels ou hétérosexuels, qui travailleront tous les deux, se répartiront les rôles avec plus d’égalité et qui aura évolué dans une société avec une meilleure représentativité des transgenres. Peut-être une génération où la question du genre ne sera même plus une question.

Image à la Une : Credit Photo / Photographe Grégoire Alexandre / NellyRodi

Ce contenu est reservé aux abonnés

NellyRodi Accèdez à toute La Revue et aux outils NellyRodi
Forfait Mensuel 200 € HT ou 1500 € HT à l’année S'abonner
Forfait Éditions

Tous les bénéfices du forfait annuel + Éditions Digitales Sur demande

Nous contacter