L’ASMR à l’heure du digital escapism

Alors que le numérique s’empare de la sphère wellness, l’ASMR se démocratise dans le monde physique et inspire de nouveaux rituels bien-être IRL.

Par Soège Lecocq Publié le 17 avril 2020 Partager

La sensibilisation accrue pour le ralentissement et l’évasion cérébrale continue de faire souffler un vent nouveau sur le paysage bien-être, dont l’économie ne cesse de se développer – estimée à 4,5 mille milliards de dollars en 2017. Un renouveau rendu possible par la multiplication des recherches en neuro-sciences. Et par une génération à soif d’expériences émotionnelles et thérapeutiques qui insuffle de nouvelles formes de divertissement, alimentées par la technologie.

L’économie des déclencheurs audiovisuels

Au centre de ce « digital escapism » : Youtube, principal berceau de l’ASMR. Un  phénomène décennal qui s’impose comme le nouveau sommet bien-être et inspire des traitements thérapeutiques 2.0. Les vidéos qui stimulent la « réponse sensorielle autonome culminante » (ASMR) – une sensation de picotement procurée par des déclencheurs audiovisuels comme le chuchotement ou le tapotement – fascinent les internautes et les « ASMRtists » les plus populaires recueillent des millions de vues.

Une popularité qui a entrainé son adoption dans les campagnes marketing où l’on assiste à une vague déferlante de publicités engageant les leviers sonores et visuels. Mais aussi sur la scène créative où les designers s’inspirent du mouvement « Oddly Satisfying » pour susciter l’adhésion visuelle. 

De la publicité à l’escapade virtuelle, toutes les techniques sont bonnes pour procurer ces plaisirs émotionnels qui apaisent autant qu’ils font frissonner, à travers des expériences immersives de plus en plus innovantes.

Une solution contre le stress et l’insomnie

Mais que dit la science ? Simple instrument marketing ou nouveau rituel de bien-être ? Certains accusent l’imagination lorsque d’autres estiment que le phénomène est dû au symptôme de solitude de la génération Z qui tire sa dose de sociabilité à regarder des étrangers se mettre en scène. Mais la réponse des neuro-scientifiques est claire : l’ASMR peut effectivement soulager les symptômes de stress et d’insomnie de certaines personnes. 

Selon une étude menée par l’Université de Sheffield et l’Université de Manchester en 2018, il existe des réductions significativement plus importantes de la fréquence cardiaque des sujets ayant regardé des vidéos ASMR par rapport à ceux qui n’en ont pas regardé, ainsi qu’« une augmentation significative des émotions positives, y compris la relaxation et les sentiments de connexion sociale ».

Face à ces résultats, médias et marques se mettent à partager des contenus s’inspirant de la réponse méridienne sensorielle pour procurer des moments de bien-être à travers la technologie. Une stratégie adoptée par le réseau social anglais LADbible, qui s’est associé à Three pour créer « Relaxing Stuff », une ligne de vidéos « satisfaisantes » diffusées sur différentes plateformes, dans le but de rendre la culture du bien-être plus accessible, et de démystifier l’ASMR.

Relaxing Stuff par LADbible x Three

ASMR Spa

Mais il existe potentiellement un plus grand marché de l’ASMR inexploité, car les vidéos ne permettent pas d’offrir une expérience multi-sensorielle totale. Compte tenu des réponses expérimentées – détente, sommeil, joie – les spas adoptent à leur tour la réponse méridienne sensorielle et intègrent le toucher à l’expérience, déclencheur le plus puissant selon Craig Richard, créateur du site ASMR University. 

C’est le cas de Whisperlodge, qui depuis 2016, organise à San Francisco, New York et Los Angeles, des expériences spa ASMR en direct et dispense des performances immersives à mi-chemin entre le théâtre et la thérapie. Des moments d’évasion, loin de l’anxiété numérique contemporaine, dont les traitements sont conçus pour « détendre le corps et l’esprit, élargir la conscience et intensifier les sens ».

© Whisperlodge
©Whisperlodge

Poussée à bout, l’ASMR aboutit sur des expériences encore plus innovantes à l’exemple de Luxury Escapism: The Oddly Satisfying Spa, le nouveau temple de la relaxation multi-sensorielle digitale. Un espace où la technologie est placée au centre du voyage immersif, mais où les téléphones sont interdits pour garantir une échappatoire cérébrale totale.

© Luxury Escapism

AR-SMR

Dans ce spa expérimental, les traitements interactifs sont couplés à des rituels du nouvel âge comme la réalité virtuelle et le son spatialisé (sonorité 3D) pour activer les sens et les sensations de picotement de manière décuplée. 

© Luxury Escapism

Dans le même esprit, les salles de sport Gymbox ont introduit à leurs cours collectifs, des séances de récupération appelées « Braingasm », un mélange de Yoga et d’ASMR dont le but est de favoriser la prise de conscience physique grâce à des sons déclencheurs diffusés dans des casques.

© Braingasm, Gymbox

Les exemples sont encore nombreux et montrent qu’un nouveau genre de déconnexion, alimenté par la connectivité, tend à repousser les limites du bien-être et du plaisir émotionnel. Si la technologie était jusqu’alors assimilée aux signes de frustration et de fatigue, la redéfinition du cadre wellness tend à l’associer à une approche plus intuitive du bien-être.

 

 

Crédit image de couverture : © Luxury Escapism

Tags: #réalité virtuelle #Digital Escapism #Digital Wellness #AR-SMR #ASMR

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